Je viens de lire l’article de Gu Hervier, « Les réseaux sociaux sont-ils durables ?« . Je le trouve un peu rapide sur la manière de voir les choses et j’aimerais revenir sur quelques points.
« Dans l’évolution vers le Village Global chère à McLuhan, les réseaux sociaux jouent un rôle majeur d’accélération. Les outils de type Facebook abaissent la notion d’espace puisque je peux aussi bien être ami avec mon voisin de palier qu’avec un paysan Hmong de la région de Guizhou dans le sud de la Chine. Ceux comme Twitter supprime la notion de temps en imposant l’instantanéité aux événements de la vie quotidienne. Cela est-il tenable à long terme ? Ce n’est pas sûr car les moyens techniques dépasseront à terme largement ce que l’on est capable de gérer personnellement. Les anthropologistes nous expliquent qu’il est impossible de maintenir une relation sociale stable avec plus de 150 personnes. On comprendra facilement que Barack Obama ne peut garder un contact direct avec les 334 475 fans sur Facebook. Quant à tweeter, passer sa journée à informer ses « amis » de ce que l’on fait à chaque minute a évidemment ses limites. »
Je suis d’accord sur la première partie (l’abaissement des notions d’espace et de temps). Par contre, je ne le suis pas avec la seconde partie, sur Facebook et Twitter.
- En ce qui concerne Facebook : j’ai plus de 500 amis sur Facebook. Il est donc évident que je ne peux maintenir une relation stable et régulière avec toutes ces personnes. Selon moi, la question est plutôt de avoir s’il faut absolument maintenir une relation stable et régulière avec chacune d’entre elles ? A mon avis, non. Cela dépend de l’approche que l’on souhaite mettre en oeuvre : rester uniquement en contact avec sa tribu (ses amis proches et la famille) et/ou échanger ponctuellement avec certains contacts et/ou élargir et diversifier son cercle de relations ? J’ai fait le choix de faire les trois.
- En ce qui concerne Twitter : qui a dit qu’il fallait passer sa journée à dire ce qu’on fait ? Personne, il me semble. Ou encore, qui passe sa journée devant Twitter ? Nous sommes probablement peu nombreux (voire pas du tout) à rester collés devant notre écran Twitter 24h/24h. Non ? Bien sûr, on est dans l’instantanéité. Mais 1) Twitter va plus loin que cet aspect (il sert à informer, à discuter…) et 2) il peut être utilisé quand on veut, à n’importe quel moment du jour et de la nuit. Il m’arrive, quelques fois, de ne pas envoyer de tweets au cours d’une matinée parce que j’ai un rendez-vous professionnel ou autre chose.
Donc, arrêtons de dire, nous ne sommes pas capables de… Il faut voir les choses sous un autre angle bon sang !
Mise à jour, suite au tweet de David : effectivement, pour Twitter, il faut laisser place à la sérendipité et mettons-nous/mettez-vous dans la tête qu’il n’est pas possible de tout suivre.
381 Responses to “Twitter, Facebook… Voyons les choses sous un autre angle, bon sang !”


J’aime bcp le « j’ai plus de 500 amis sur Facebook. Il est donc évident que je ne peux maintenir une relation stable et régulière avec toutes ces personnes. »
Je sais pas vous mais je ne vois pas en quoi c’est évident… en quoi 500 amis facebook prouvent-ils ou rendent-ils évident qu’on entretient une relation stable et régulière avec eux ?
La vision ‘des anthropologistes’ tient surtout de la définition de la relation.
Combien de nos ‘amis’ facebook sont ils effectivement des ‘amis’ ? Des gens a qui on pense aussi quand on ne le voit pas (y compris quand il ne disent rien sur facebook ou twitter) ? des gens dont les malheurs nous touchent et les bonheurs nous font sourire ? des gens pour qui nous sommes disponibles, prêts a aider et soutenir ? et qui feront de même pour nous ? Des gens dont on se soucie individuellement ?
Je suis totalement d’accord avec ça. La plupart des gens penses que twitter n’a d’autres intérêt que de raconter sa vie. Alors qu’au final si l’on regarde les personnes qui ont le plus de succès avec twitter elles ne passent pas leur temps à raconter leur vie mais plutôt à utiliser ce média pour diffuser de l’information pertinente. Twitter à depuis longtemps dépasser le statut de gadget du web pour geek
Oui, la façon de définir un ami est très subjective et très variable et justement nous amène à gérer un réseau de contacts différemment.
En ce qui concerne Twitter, pour répondre à manicT4c, il y a pas mal de préjugés concernant Twitter. Et les avis sont souvent réducteurs. On voit Twitter comme une basse court ou un moyen de raconter sa vie. Mais Twitter, c’est plus que ça. C’est une outil multi-usages et objectifs et c’est à chacun d’en faire ce qu’il souhaite.
Le meme des 150 contacts max, encore une fois ! Revenons à l’origine…
«Les anthropologistes nous expliquent qu’il est impossible de maintenir une relation sociale stable avec plus de 150 personnes.» dit Gu Hervier.
L’origine précise de la diffusion massive de cette idée est Robin Dunbar.
Je vous suggère de lire pour commencer http://en.wikipedia.org/wiki/Dunbar's_number
Mais surtout l’article de 1992 à l’origine de ce chiffre de 150 :
http://www.bbsonline.org/documents/a/00/00/05/65/bbs00000565-00/bbs.dunbar.html
(vous verrez, c’est un article passionnant… et qui peut apprendre beaucoup aux « pro des réseaux sociaux »
En lisant l’article, on comprend que ce qui intérèsse Dunbar est moins la limite anthropologique des groupes (qui se trouverait entre 100 et 200 personnes) que le saut incroyable par rapport aux chimpanzés les plus proches de nous.
Leur « chiffre de Dunbar » à eux tourne autour de 30/40…
Dunbar propose que cette différence soit l’avantage évolutif même du language.
Car d’un point de vue évolutif, si on parle, c’est qu’il y a probablement eu un avantage sélectif à conserver cette capacité. (L’hypothèse classique, assez peu satisfaisante, est en gros, une meilleure organisation de la chasse…)
Et c’est là que le chiffre 150 joue un rôle majeur — face au maigre 40 ou moins des singes.
Le language a été sélectionné, nous dit Dunbar, car il nous permet rester en contact avec notre groupe sans « grooming ».
Le grooming, c’est le nettoyage du corps des autres qui occupe une fonction sociale majeure chez les singes. Mais qui occupe aussi un temps… énorme.
Ajouter plus de singes au groupe est impossible, pour une raison matérielle simple : il n’y a pas assez de temps pour créer du lien social avec eux, via des contacts physiques.
Mais les humains peuvent agrandir leur groupe, en s’affranchissant du contact physique — grâce au language.
Cette hypothèse est en soi incroyablement plus intéressante que le chiffre brut de « 150″.
La thèse de Dunbar a une puissance explicative annexe réelle.
Elle explique ainsi pourquoi la très grande majorité des échanges verbaux sont du « bavardage » et de « commérages » (il y a eu des mesures, je n’ai pas les références en tête.).
Ces commérages nous tiennent informés du comportement de notre cercle de relation. Ils sont essentiels.
La thèse est aussi une piste pour mieux comprendre pourquoi nous nous sentons si proche des stars : à force d’entendre des détails de leur vie, elle font réellement partie de « nos 150″.
Si vous avez lu jusqu’ici, vous vous dites sûrement : «mais alors, et Facebook/Twitter et mes 3000 followers dans tout ça ?»
Bonne question…
Il est certain que nous sommes limités cognitivement (pour vous convaincre : http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_cognitive_biases )
Mais nous avons, depuis longtemps déjà, utilisé des outils pour augmenter la portée et le potentiel initial du language.
Une femme écrit à son mari, qui travaille très loin. Elle lui parle de son foyer. Cela se passe en mésopotamie, il y a 4000 ans, sur tablette d’argile. Il lit avec attention.
Un homme poste des photos de sa fille qui porte ses lunettes. Cela se passe à Paris, aujourd’hui, sur Facebook. Nous les regardons avec tendresse.
Entre les deux, le parchemin, le papier, l’imprimerie, la presse quotidienne, la radio, le téléphone, le email, les forums, ont eu le même objectif : faire porter le language plus loin.
Nous sommes peut-être biologiquement fixé pour, à un instant T, n’avoir de véritables interactions qu’avec « seulement » 150 personnes.
Mais nous savons aussi que le monde qui est à portée de main est un monde où chacun pourra parler, ne serait-ce qu’un instant, à chacun.
Facebook, twitter ou pas, rien ne pourra arrêter le grand bavardage mondial : nous en avons besoin.
Merci Julien pour ce très enrichissant commentaire. J’aime bcp cette comparaison hommes/singes. A force, on finit par oublier les « origines » d’une théorie et c’est dommage. La langage est donc un « plus » !